INTERVIEW - L'agriculture urbaine avec Alma Grown In Town

Mis à jour : juil. 1




Imaginez-vous à Paris en 2022 : un réseau de transports d’une fluidité irréprochable, la fin des tentes de SDF implantées au bord du périphérique, 100% des enfants des quartiers populaires qui intègrent une grande école, des rues propres, etc. De tels objectifs restent encore malheureusement de l’ordre du miracle et sont principalement du ressort des pouvoirs publics. Heureusement, en parallèle, d’autres acteurs comme les ONG, entreprises sociales et social business contribuent à atténuer ces maux de société. C’est le cas de l'entreprise que vous allez découvrir aujourd’hui. Deux amies, Marion Eynius et Alice Lamoureux, ont réussi à prendre de face l’un des enjeux les plus importants des grandes villes : reconnecter les urbains avec la nature. Pour cela, elles ont créé une boutique unique en son genre qui propose des produits (fruits, légumes et végétaux) issus de l’agriculture urbaine. Sans plus tarder, laissez-vous emporter par l'interview de Marion, l'une des deux fondatrices d'Alma Grown In Town.  


Les deux fondatrices d'Alma Grown In Town (Alice à gauche et Marion à droite).

Comment vous est venue l’idée de créer Alma Grown in Town ?


J’étais consultante en développement durable et accompagnais de grandes entreprises sur les sujets liés au changement climatique et aux émissions de gaz à effet de serre. Alice [co-fondatrice], travaillait en marketing dans la restauration commerciale.

L’idée nous est venue après la lecture d’un article sur des restaurants de New York qui s'approvisionnent directement auprès des agriculteurs urbains de la ville. A ce moment là, Alice avait de plus en plus envie d’entreprendre et de mettre du sens dans sa vie et moi j’étais missionnée pour le plan climat de la ville de Paris. Je savais donc qu'elle voulait développer des initiatives d’agriculture urbaine et végétaliser 100 hectares d’ici 2020 dont ⅓ dédiés à l’agriculture urbaine.

On a commencé à se renseigner, découvrir le métier d’agriculteur, faire des ateliers et on s’est rendues compte que l’on ne savait pas trop comment poussent des carottes et qu’il y avait une vraie rupture entre les urbains et leur alimentation. C'est sûrement lié au fait qu’un légume parcours en moyenne 1500 kms avant d’arriver dans leur assiette.

On avait vraiment envie d’agir et d’avoir un impact local et concret pour être en ligne avec nos convictions. C’est ainsi que le projet Alma Grown In Town est né.



Toit de La Poste dans le 18ème arrondissement de Paris.

L’agriculture urbaine, c’est quoi ? En quoi se différencie-t-elle de l'agriculture conventionnelle ?


L’agriculture urbaine ce sont des produits qui poussent à Paris donc pas de transport ni de pesticides car ils sont interdits en ville. Les produits sont gorgés de vitamines ! L’agriculture urbaine participe également à la végétalisation de la ville.

Il y a aussi un aspect pédagogique, on peut faire découvrir aux enfants et même aux adultes ce qu’est l’agriculture. On propose des ateliers/visites des toits avec les ingénieurs agronomes qui expliquent comment tout cela fonctionne. Par la même occasion, ces ateliers incitent les participants à jardiner chez eux ce qui pousse à l’autoproduction.


Vous avez passé 4 mois dans une boutique éphémère, qu’en avez-vous retenu ?


On était à République de juin à octobre 2018. C’était l'occasion de tester notre concept de vente de fruits et légumes issus de l’agriculture urbaine et d’inciter au jardinage en ville. On vendait des plantes, des fruits et légumes, des outils de jardinage (potagers d'intérieur) et on avait aussi un petit espace restauration où une chef cuisinait les produits. On a beaucoup appris. On a pu récolter des données pour compléter notre business plan (chiffre d'affaires, ticket moyen), mais aussi évaluer la demande. Suite à cela, on a pris la décision d’abandonner la restauration et de nous concentrer sur les fruits et légumes et produits de jardinage.

Les gens veulent du vert chez eux et désirent apprendre. Notre but est de nous adapter aux contraintes des urbains et au niveau de jardinage de chacun.



Les produits poussent à Paris ce qui limite le transport. Ils devraient donc être moins chers que les produits de l’agriculture “conventionnelle”. Pourtant ce n’est pas le cas, pourquoi ?


L’agriculture biologique est beaucoup plus vulnérable donc le taux de perte est plus élevé. Autre point important : on cultive sur des petites parcelles (sur les toits de Paris ce sont des surfaces de 500m2) et il faut amener la terre et le système d’irrigation. Tout cela a un coût, c’est pourquoi on reste sur des prix équivalents aux Biocoop ou Naturalia.


Y aurait-il possibilité à long terme de rendre le bio plus abordable pour l’amener vers des quartiers plus populaires ?


J’espère, pour moi c’est l’avenir. La surface de cultures bio en Île-de-France est de 2%. Si ça prend plus d’ampleur, des économies d’échelles peuvent être faites. Plus ce sera grand, plus ce sera accessible.


Comment se passe la vie dans un incubateur ?


Nous sommes dans l’incubateur Willa (dédié à l'entrepreneuriat féminin) depuis décembre. Dès le début, on s’est rendues compte qu’être entrepreneur quand on est une femme est plus difficile. En général, les femmes sont plus timides sur leurs objectifs de peur de ne pas réussir. C’est très important pour nous d’être dans cet incubateur car ils savent accompagner les femmes et les pousser à se dépasser. Nous sommes accompagnées par un coach et on a des ateliers réguliers animés par des professionnels sur les aspects juridiques, business model, design d’offre et autres conseils qui nous aident beaucoup.

On a fait plusieurs incubateurs. Avant on travaillait avec Emergence Concept qui nous a vraiment aidées à prendre un tournant dans notre projet puisqu’au départ on avait un projet de restauration.


Pépinière de quartier nichée en plein coeur du 11ème arrondissement

Quelles sont les prochaines échéances pour Alma Grown In Town dans les mois prochains ?


À court terme c’est d’être rentable et de parvenir à subvenir à la demande. On va mettre en vente des paniers de fruits et légumes qui seront réservables en ligne et développer des offres d’ateliers de jardinage urbain ainsi qu’un service de végétalisation de terrasse avec paysagiste et coach pour ceux qui n’ont pas la main verte.

A long terme, on aimerait avoir un toit sur lequel cultiver nos propres produits. C’est important en terme de légitimité, mais aussi pour pouvoir renforcer l’aspect pédagogique et sécuriser notre approvisionnement pour ne pas dépendre des agriculteurs chez qui nous nous fournissons.


Peux-tu nous dire comment avoir un impact environnemental positif sans forcément en faire son métier ?


Je suis à fond dans la démarche zéro déchet. Pour moi ce n’est pas juste une tendance Instagram. Le tri ce n’est pas être responsable, il faut aller beaucoup plus loin. Devenir zéro déchet est un vrai engagement, on se sent bien, on fait des économies et ça permet de s’organiser.

Que dirais-tu à quelqu’un qui voudrait se lancer dans l'entrepreneuriat ?


Garder son cap ! Il faut savoir remettre en question son idée mais ne pas quitter sa première envie.



Retrouvez Alma Grown In Town ici.

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