INTERVIEW - Le prêt solidaire avec Arnaud Poissonnier

Mis à jour : 1 mai 2019





Deux projets nous ont marquées dans nos débuts : le livre de Mathieu et Jonas (dont on vous a déjà parlé ici) et Babyloan. En commençant nos recherches, on a rapidement compris que la microfinance était un pilier important de l'entrepreneuriat social. Lorsqu’on a découvert Babyloan on s’est dit que l'on voulait vraiment mettre en avant la microfinance sur notre blog. On a évoqué M.Yunus à plusieurs reprises, parlé de microcrédit avec l’intrapreneuriat chez BNP Paribas et consacré un article entier sur ce thème la semaine dernière. Mais la microfinance ça nous passionne ! C’est pourquoi cette semaine, nous mettons à l’honneur Babyloan en donnant la parole à son fondateur, Arnaud Poissonnier.




Qu’est ce que Babyloan, quelle est votre mission ?


C’est un site de crowdfunding de microcrédit. On a été l’un des premiers sites à se lancer dans le crowdfunding en France et notre conviction est de contribuer au financement du microcrédit partout dans le monde. La particularité est que l’on permet à des particuliers de prêter de l’argent à des bénéficiaires du microcrédit en France et dans les pays en développement. En un peu plus de 10 ans, on est devenu le leader européen du prêt solidaire et le numéro 2 au monde derrière le site américain Kiva, l’inventeur de ce métier. Aujourd’hui, on compte 80 000 membres qui ont prêté 25 millions d’euros à 45 000 familles dans 27 pays du monde.



Comment se sont passés les débuts et la rencontre avec vos associés ?


J’ai quitté la banque de gestion de fortunes en 2005 pour aller travailler un an chez l’ONG ACTED où j’ai découvert le site Kiva et je me suis dit qu’il fallait qu’on lance un équivalent en France et en Europe. J’ai donc embarqué avec moi Aurélie Duthoit (elle n’est aujourd’hui plus dans l’aventure) qui était dans l’équipe du développement durable dans la banque où je travaillais. Quand en 2008 on a obtenu les accords de la banque de France et de l’Autorité des marchés financiers, le site Babyloan est né.


Pourquoi avoir quitté la gestion de fortunes ?


J’ai fait 12 ans de banque de gestion de fortunes donc je m’occupais de gens très fortunés. Techniquement, c’était un monde très intéressant car j’ai toujours été passionné par les marchés financiers. En revanche, je ne m’y retrouvais pas au niveau de mes valeurs humaines sachant que petit, je voulais être prêtre et éradiquer la faim dans le monde. Puis quand j’ai découvert par hasard le microcrédit via un partenariat entre la banque où je travaillais et l’ONG ACTED, ça m’a passionné et j’ai décidé de basculer là-dedans.


Babyloan, comment ça marche ?


On a plusieurs étages :

  1. Les internautes - “les babyloaniens” ,

  2. Le site qui présente les bénéficiaires du microcrédit auxquels peuvent prêter les babyloaniens,

  3. Les IMF (Institutions de Microfiance) avec lesquelles on noue des partenariats.

Notre rôle est surtout de sélectionner et d’auditer des institutions de microfinance qu’on estime sérieuses, pérennes et sociales.



Qui sélectionne les projets qui se trouvent sur votre site : vous allez sur place ou vous vous référez aux IMF avec lesquelles vous travaillez ?


On a un droit de veto, mais ce sont les IMF qui nous proposent les projets.


Vous avez un onglet « histoires » sur votre site. Allez-vous à la rencontre des bénéficiaires pour voir comment ils ont utilisé l’argent prêté et évoluent leurs activités ?


Quand on va sur le terrain pour auditer les IMF, on leurs demande de rencontrer deux ou trois personnes pour alimenter les “belles histoires” du site. Mais elles viennent principalement de gens qui nous connaissent et qui font des voyages sur le terrain qui en profitent pour nous remonter les informations. Il y a différents profils : stagiaires, voyageurs, groupes d’étudiants qui font des tours de monde de la microfinance, etc.


Selon vous, y a-t-il une possibilité de faire de la microfinance dans les pays où 500€ ne suffisent pas pour développer un business ?


Oui, c'est possible ! Il existe déjà des IMF en France qui est aujourd’hui le pays le plus à la pointe sur le sujet du microcrédit en Europe. Cependant, les projets sont bien-sûr plus importants en France car le montant moyen d’un microcrédit dans les pays en développement est de 450€ tandis qu’en France il est de 3000€. Malgré cette différence, le microcrédit est bien présent en France. Babyloan travaille avec des IMF en France, l'Adie et Créa-sol.


Quelle est l’ambition de Babyloan à court puis à long terme ?


D'une part, Babyloan n'étant pas structurée comme une ONG, contrairement à Kiva, mais comme une startup sociale (on a été l’un des premiers Social Business en France), on a une ambition économique et financière. En effet, on a certes réussi à créer une marque et construire plein de projets magnifiques, mais on n’a pas pour autant gagné la partie car on n’a toujours pas réussi à atteindre l’équilibre financier au bout de 10 ans. C'est aujourd'hui l'un de nos principaux objectifs.


Ensuite, il y a l’enjeu stratégique du déploiement de notre site. On a développé une stratégie de portails avec des mini-sites sur des thématiques ou géographies particulières qui sont rattachés au site de Babyloan. Ces portails qui gravitent autour de Babyloan sont des capteurs de nouveaux membres. Il y a par exemple Babyloan Mali, The Rise, bientôt Babyloan Afrique ainsi qu'un fonds d’investissement qui lèvera de l’argent auprès d’institutions qui prêteront de l’argent uniquement aux IMF partenaires de Babyloan.


Selon vous, faut-il passer par l’entreprise classique avant de chercher à créer son entreprise sociale ?


Il n’y a pas de règle. C’est une question de maturité. Évidemment, le sujet "entreprises sociales" est passionnant. J’ai moi-même lancé une entreprise de Conseil à côté - Societ’All Company - ainsi qu’une plateforme qui promeut les startups sociales - Startupsociales.


Je trouve ça fabuleux tous ces jeunes qui se ruent vers l'entrepreneuriat social. Cependant, la tête bien faite et la motivation ne suffisent pas, beaucoup de startups sociales échouent. Il faut aussi avoir les fondations suffisantes pour tenir sur la durée. Monter une startup sociale c’est compliqué, ce sont des modèles économiques longs à monter en puissance et le traitement de la problématique sociale coûte souvent plus d’argent qu’il n’en rapporte. Il y a quand même des compétences et apprentissages qu’on acquiert dans le monde classique de l’entreprise : la technique, l’expérience, la maturité, le réseaux, etc.



67 vues

© 2020 by SOCIAL BUSINESS ADDICT.